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« Je suis d'origine andalouse, confie la jeune femme. Mon grand-père venait d'un village tout près de Séville et moi, la petite gersoise de l'Isle-Jourdain, j'y passais mes vacances d'été. » Le flamenco l'attrape au sortir de l'enfance. Lorsque Sandrine entreprend ses études à Toulouse, elle en profite pour s'inscrire dans une académie de danse flamenca. Devient mordue. En 1999, elle lâche tout, part s'installer à Séville, où pendant deux ans elle s'adonne à sa passion toute entière. « Flamenco intensif, reconnaît-elle. Je vivais dans ce monde à part, comme dans une bulle. C'est là que j'ai rencontré Javier Puga, alors spécialiste du flamenco et directeur artistique de festivals, notamment celui de Mont-de-Marsan. Avec lui, nous commençons à réfléchir sur le quartier du Tres Mil Viviendas, à échafauder des projets. »
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Expulsés. Dans les années 50, la population modeste de Séville émigre aux abords de la ville, côté sud. Petit à petit, le quartier de Triana dans Séville est la proie d'une spéculation immobilière. Il est le coeur, l'âme flamenca et les gitans qui l'habitent sont tous condamnés à quitter leur maison pour rejoindre ce qu'on appelle déjà Las Tres Mil Viviendas (les trois mille logements) ou Poligono Sur. Pendant ce temps Triana s'enrichit, les cabanes ont cédé la place aux villas cossues, le flamenco a fui. « Ils ont été expulsés, ni plus ni moins, raconte Sandrine. Et ont toujours gardé une nostalgie profonde de leur quartier d'origine. Ils étaient pauvres mais sont partis avec leur seule richesse : la culture flamenca pure, celle qu'ils nourrissaient depuis quatre siècles. »
Las Tres Mil reste malgré le flamenco un ghetto de fauchés. Très vite apparaissent les problèmes liés à la précarité : drogue, trafics, délinquance, la jeunesse sans avenir s'englue.
Un cadre. Voilà qu'intervient Adbel Benazzi. L'amoureux se rend à Séville où il va arracher Sandrine à ses robes et castagnettes. Tous deux se marient à l'Isle-Jourdain, et filent s'installer à Londres où une équipe de rugby attend le joueur. « Quel choc ! sourit Sandrine. Un cafard ! Heureusement j'ai gardé le contact avec mes amis de Séville. C'est là qu'on a monté le projet pour aider les gosses du Tres Mil. »
Adbel et Sandrine créent une association à but non lucratif, Noor - lumière en arabe - dont la mission est de s'occuper d'enfants en difficultés, selon le principe que le sport ou l'art peuvent être un facteur d'intégration. Parfait. A Séville, les copains s'organisent. A Londres, Sandrine ne lâche rien. « Nous avons réussi à monter une classe, un petit conservatoire de flamenco dans un centre civique de Las Tres Mil. L'idée était de donner un cadre aux ados entre 14 et 19 ans, avec des contraintes d'horaires, et un enseignement pointu. On les tenait grâce à la passion du flamenco, et au respect qu'ils éprouvaient pour l'équipe enseignante. » L'école fonctionne depuis un peu moins de deux ans. Avec succès. Cet été, pour la première fois une sélection des meilleurs élèves danseurs a donné un spectacle à Gimont dans le Gers, à Mont-de-Marsan pour le festival et ce soir, à Biarritz. « Le spectacle est une fin en soi, cette école a pour objectif d'ouvrir un avenir professionnel aux jeunes danseurs. On constate déjà que l'école est une pépinière de talents, très respectée. »
Sandrine n'en a pas terminé. La revanche est aussi un plat qui se mange froid : « Je rêve d'une école flamenca pour les gosses de Las Tres Mil... dans Triana, leur quartier originel. »
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